CULTURES URBAINES

Parce que ce sport s’inscrit dans un lien de parenté fort avec l’ensemble des pratiques artistiques, culturelles et sportives issues de l’espace urbain dont on peut dater l’apparition en France au début des années 80 avec l’arrivée du hip-hop, l’explosion des premières radios libres et les créations visibles des premiers tagueurs français (Bando, Mode 2, CTK, BBC…); nous désirions prolonger ici la réflexion en termes d’analyse des pratiques et de problématiques sur la place des jeunes dans la ville, et plus particulièrement, sur les usages sportifs et ludiques des adolescents et des jeunes adultes dans les rues et sur les mobiliers urbains.

Aux problématiques inhérentes aux « sports urbains » : politiques, sociales, culturelles et sécuritaires entre autres, et en combinant les acquis de la sociologie urbaine et de la sociologie du sport, ce jeune chercheur signe un ouvrage important sur le sens que revêtent ces différentes utilisations de l’espace urbain, la manière de qualifier ces appropriations de l’espace et comment ces pratiques sont régulées. L’attention est surtout portée sur quatre pratiques urbaines à la fois légales et illégales : spéléologie urbaine, parkour, street-golf et base-jump urbain.

Florian LEBRETON Cultures urbaines et sportives alternatives
Socio-anthropologie de l’urbanité ludique, L’Harmattan, 2010.

Souvent à la croisée de l’art et du sport, les cultures urbaines se caractérisent par la diversité des modèles culturels qu’offrent les villes mais leur reconnaissance a demandé une quinzaine d’années avant de s’affirmer, notamment au travers des politiques de la ville et de la volonté de réhabilitation des quartiers dits « sensibles ». En dépit des multiples projets fédérateurs fondés sur le partenariat avec les institutions publiques et/ou privées, ayant débouché sur la création, en 2009, de l’Observatoire National des Cultures Urbaines (ONCU), ou encore, celle de la Ligue Française des Sports Urbains (LFSU) sanctionnant l’ouverture des institutions à ces culures; celles-ci regroupent des manifestations d’expression artistique que l’ensemble des médias classiques a refusé, dans un premier temps, de diffuser.

Puisant leurs sources communes, selon Claire Calogirou dans son article « Réflexions autour des Cultures urbaines », dans les « Détournements du mobilier urbain, occupation de places, de halls de gares, de centres commerciaux, marquages de rues », ces pratiques « représentent une remise en cause des normes d’usages des espaces de circulation et de stationnement et une transgression des réglementations. Vécues comme sonores, dégradantes, gênantes, génératrices d’insécurité, ces pratiquescontrarient l’ordre établi dans l’espace public et alimentent les débats publics et législatifs »; autarciques et autonomes, désirant échapper à tout encadrement, elles se sont développées dans la marginalité.

A la fois fortement genrées et porteuses de codes symboliques constitutifs très forts en termes de groupe et de valeurs alternatives, ces pratiques restent encore trop fortement tributaires de traits symboliques traditionnellement attribués à la jeunesse : inconstance, rébellion ou encore immaturité, ce qui ne va pas sans poser de difficultés quant à leur totale acceptation par les habitants, voire par les institutions.

De la requalification sociologique de la ville et de son espace social à « l’urbanité ludique » Selon le chercheur géographe Yves Raibaud dans son article, « Cultures urbaines : des lieux qui fabriquent l’identité masculine », « aux côtés d’autres équipements consacrés aux cultures urbaines, skates parcs et cités stades sont des nouveaux lieux aménagés par les municipalités pour permettre l’expression jugée légitime des « jeunes », souvent considérés comme les nouvelles classes dangereuses des périphéries ».

Cependant, il serait trop simple de réduire ces activités au champ restrictif des « banlieues » et à celui de citoyens, dits parfois, « à la périphérie » (la logique de « territorialisation » courant le risque de la stigmatisation et, d’ainsi, manquer le processus de socialisation au coeur des paratiques sportives des publics juvéniles).

En effet, c’est bien plus dans ce qu’elles révèlent des valeurs associées à la sociabilité des jeunes et qu’elles « associent leur dimension passionnelle à un mode de vie, au rôle important du groupe, à l’acharnement dans l’entraînement, à la transmission par les pairs et à la place majeure de la créativité et de imagination dans ses manifestations concrètes » que ces pratiques définissent non seulement un champ d’étude et un outil précieux d’analyse pour la sociologie et l’anthropologie urbaines mais constituent aussi l’occasion de faire s’articuler cultures jeunes, acteurs de terrain (associations de jeunes et d’éducation populaire) et actions de médiations éducatives dans le contexte d’expériences innovantes.

De l’usage des sports urbains comme « leviers éducatifs »

S’appuyant sur le principe déjà connu d’intégration par le sport, tout en s’en démarquant fortement, (l’institution investissant le terrain culturel des jeunes et favorisant par là sa reconnaissance dans une logique transversale de partage d’expériences), l’intégration de ces pratiques au parcours de formation des éducateurs en direction des jeunes en difficulté présentent des perspectives riches et enthousiasmantes.

Soulignons, ici, l’article de Florian LEBRETON portant sur ces questions : « Les sports urbains au service de la médiation éducative : Activités éduco-sportives et cultures urbaines » du dossier des Cahiers dynamiques n°65 dédié aux « Cultures jeunes ».

Favorisant un rapport plus souple à l’institution et réactivant, par la réappropriation des cadres et des règles de l’action au contact des autres, l’autonomie et l’envie d’agir chez les adolescents, des initiatives intégrant ces pratiques font état de résultats significatifs quant à la construction de soi et à l’implication de ces groupes dans leurs parcours de vie et de réinsertion.

Sur ce point, l’article de Fabrice Audebrand « Parkour : pour tracer vers l’insertion », offre à voir les potentialités que recouvre la pratique du Parkour intégrée, en septembre 2013, au catalogue de formations de l’ENPJJ dans le cadre d’un partenariat avec l’Ufolep-Nord, une asssociation dédiée à cette activité (pratique initiée et crée par David Belle et popularisée en 2001 par le film Yamakasi). Plaçant les acteurs dans une relation de dépendance positive et productrice de valeurs telles la collaboration, la solidarité et la confiance, les équipes éducatives et acteurs de terrain associatif constatent, là encore, des avancées majeures en termes d’autonomie dans les parcours de vies adolescentes.

 

Source : www.enpjj.justice.fr